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AMPELOGRAPHIE

AMPELOGRAPHIE : origines, caractéristiques et variations
 
Jean-Michel Boursiquot,
Montpellier SupAgro
Institut des Hautes Etudes de la Vigne et du vin UMR AGAP, Equipe Diversité, adaptation et amélioration de la vigne
UMT Géno-Vigne®
et
Virginie Grondain
Institut Français de la Vigne et du Vin Pôle Val de Loire – Centre

 

Nom, étymologie, synonymie et homonymie
Le nom de chenin a bien sûr été cité, et semble-t-il pour la première fois, en 1534, par François Rabelais dans son œuvre : La vie très horrifique du grand Gargantua père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas, abstracteur de quinte essence, livre plein de pantagruélisme, où l’on trouve cette phrase (Livre I, Chapitre XXV) : “Et, avec gros raisins chenins, estuverent les jambes de Forgier mignonnement, si bien qu’il fut tantost guery”1. Ce nom viendrait du clos de Montchenin2,3 près de Cormery, où ce cépage aurait été introduit, cultivé et remarqué.

 

De nombreux synonymes existent pour cette variété en relation avec les différentes régions et les pays où il a été propagé 4,5,6,7. Parmi ceux-ci, on peut signaler les noms de : Anjou, plant d’Anjou, pineau de la Loire, gros pi- neau en Val de Loire, bon blanc, franche en Charente-Maritime, rouchalin en Gironde, rougelin dans le Lot, capbreton blanc, cruchinet, tite de crabe dans les Landes, pineau blanc dans l’Aveyron, et à l’étranger, agudelo, agudillo en Galice, steen en Afrique du Sud.
Le principal homonyme pouvant prêter à confusion correspond en fait à un synonyme malencontreux du pineau d’Aunis, cépage tout à fait différent, sans lien génétique particulier avec le chenin et qui est parfois dénommé à tort chenin noir8 alors qu’il ne s’agit en aucun cas de la forme noire du chenin.

 

Historique, origine et descendance
Certains auteurs feraient remonter l’antériorité de ce cépage au XIème 9, Xème10 et même au VIème siècle11. Cependant, même si la présence de la vigne semble bien attestée dès ces époques-là dans la région du Layon et en Anjou, rien ne permet d’affirmer avec certitude qu’il s’agissait alors déjà du chenin.

 

Les résultats des analyses moléculaires et génétiques ne per- mettent malheureusement pas de dater son apparition mais montrent maintenant clairement que le chenin est un descendant (un semis) du savagnin12. Cela permet d’avoir un éclairage nouveau sur les hypothèses émises quant à son origine et sa découverte 13,14. A cet égard, il est fait état qu’au début du XVIème siècle des efforts sont entrepris pour améliorer la qualité des vins par Thomas Bohier au château de Chenonceau, suivi peu de temps après par son beau-frère Denis Briçonnet, Abbé de Cormery, au manoir du Montchenin sur les pentes de l’Echandon, en essayant d’acclimater des cépages réputés venant de toute la France et notamment d’Anjou, d’Orléans, de Beaune et d’Arbois. Ce type de démarche s’est semble-t-il développé sous le règne de François 1er et il est probable qu’on ait eu recours à cette époque-là, non seulement à des boutures mais aussi à des semis de pépins. C’est donc sans doute ainsi que ce cépage a fait son apparition, provenant vraisemblablement d’un pépin récolté près d’Arbois, et qu’il a ensuite été rapidement repéré par sa bonne adaptation et son aptitude à donner des vins de grande qualité.

 

Par ailleurs, en tant que descendant du savagnin qui a été un géniteur très important15, le chenin possède de nombreux demi-frères, comme par exemple le sauvignon ou encore le verdelho de Madère dont les proximités avaient d’ailleurs été remarquées il y a déjà longtemps grâce à la perspicacité des vignerons.

 

De même, au cours du temps, et notamment par des croise- ments spontanés avec le gouais, le chenin a lui aussi donné naissance à quelques autres variétés, en particulier le colom- bard12. En Afrique du Sud il a également été utilisé dans des programmes de création variétale par le Pr. Orffer qui l’a hybridé avec l’ugni blanc pour donner le chenel et le weldra, et avec le crouchen pour obtenir le therona16.

 

Importance, diffusion, superficies en France et dans le monde
En France, le chenin a vu ses surfaces se réduire de façon importante entre 1960 et 1980 (moins 7 000 ha), en relation avec la crise des vins moelleux et liquoreux. Depuis, elles sont à peu près stables17 (9 728 ha en 2013, 16ème rang des variétés). Il fait partie de l’encépagement de 35 AOP, du Val de Loire bien sûr, mais aussi de Dordogne, de la Vallée de la Garonne, des Landes, de l’Aveyron et du Languedoc18. Selon les appellations, il peut être utilisé seul en mono-cépage, soit comme cépage principal, soit encore comme simple cépage accessoire ou complémentaire. Ces AOP concernent des vins tranquilles, secs, moelleux ou liquoreux mais aussi des vins effervescents.

 

Au niveau international, les surfaces en chenin sont également en régression ces dernières années dans la plupart des pays où il est cultivé. En Europe, le chenin est inscrit aux catalogues des pays suivants : Belgique, Bulgarie, Chypre, Espagne, Italie, Malte, Portugal et République Tchèque mais il est ce- pendant peu cultivé dans ces pays et c’est l’Afrique du Sud qui reste de loin, le leader mondial19 avec 17 890 ha en 201320. Au total, on peut estimer à 37 000 ha les surfaces plantées actuellement en chenin dans le monde contre environ 65 000 ha en 1990.

 

Description ampélographique et couleur des baies
L’identification du chenin fait appel21 :
• à l’extrémité du jeune rameau qui présente une très forte densité de poils couchés,
• aux jeunes feuilles à plages bronzées, 

• aux feuilles adultes à trois ou cinq lobes, avec un sinus 
pétiolaire ouvert à peu ouvert ou à lobes légèrement che- vauchants, des dents moyennes à côtés convexes, une forte pigmentation anthocyanique des nervures, un limbe bullé, de couleur vert foncé, et face inférieure, une densité moyenne des poils couchés, 

• aux fleurs qui sont hermaphrodites, 

• aux baies qui sont de forme elliptique avec présence de 
pépins.
Le chenin est un cépage à baies “blanches” et d’ailleurs, il assez souvent dénommé “chenin blanc” à l’étranger. Ce- pendant il existe également une mutation à baies roses qui a été sélectionnée en Afrique du Sud ; son intérêt mériterait d’être précisé. 


 

Phénologie et exigences climatiques 

Epoque de débourrement : 1 jour avant le chasselas.
Epoque de floraison : 1 jour après le chasselas

Epoque de véraison : 2 semaines et demie à 3 semaines après le chasselas.

Epoque de maturité : 3 semaines à 3 semaines et demie après le chasselas 21,22.


Le chenin se caractérise ainsi par un débourrement précoce qui le rend sensible aux gelées de printemps, et un cycle relativement long avec un indice héliothermique variétal (date de débourrement - date de récolte) de 1895. Il est ainsi à noter qu’après une gelée de printemps, les bourgeons secondaires qui peuvent redémarrer sont alors peu fertiles.
Au niveau de la végétation et de la physiologie, le chenin montre de très bonnes capacités d’adaptation à des conditions climatiques chaudes, tropicales ou équatoriales ce qui laisse entrevoir un possible développement de ce cépage dans ces types de régions. En revanche sa grande sensibilité à la pourriture doit être prise en considération et au niveau des raisins, il se montre également assez sensible au grillage ou à l’échaudage. L’effeuillage doit donc être pratiqué avec précaution et le choix des modes de conduites raisonnés en conséquence.

 

Aptitudes culturales et agronomiques
Le chenin est un cépage de vigueur moyenne à forte. Ses rameaux ont un port demi-érigé à érigé avec un diamètre moyen et des entre noeuds assez courts.
Un épamprage est bien souvent utile ou nécessaire au printemps ou au début de l’été, pour équilibrer la végétation, favoriser l’aération, améliorer le microclimat des baies et faciliter la taille hivernale de l’année suivante.

 

Le chenin est un cépage fertile, qui peut être taillé court (et conduit en gobelet par exemple) ou avec un long bois (Guyot simple par exemple) et dont le potentiel de production dépend énormément des conditions de culture et de la fertilité agronomique des sols où il est implanté. En conditions vigoureuses le chenin peut produire des grapillons en quantité relativement importante et il peut aussi être sujet au dessèchement de la rafle. Au niveau des porte-greffes, les plus utilisés sont par ordre dé- croissant le riparia gloire de Montpellier, le SO4, le gravesac, le 101-14 MGT et le fercal23. Des problèmes d’affinité ont parfois été signalés avec le 3309 C et ce porte-greffe n’est pratiquement plus utilisé aujourd’hui avec le chenin.

 

Sensibilités aux maladies et aux ravageurs
Le chenin est particulièrement sensible à la pourriture grise, à la pourriture acide, à l’oïdium et aux maladies du bois (eutypiose, esca,...). Il est également sensible à l’excoriose, aux broussins et aux vers de la grappe. En revanche il est moins touché par le mildiou, le black rot et l’anthracnose.

 

REFERENCES

. 1  MOLAND L., François Rabelais : tout ce qui existe de ses œuvres, Gargantua - Pantagruel, Garnier Frères Libraires Editeurs, Paris, 1884, 766 p. 

. 2  ROUSSEAU R., WAGRET P., LE THEULE J., “Deux monographies du vignoble français.” In : Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 9ème année,2, 1954, p. 165-188. 

. 3  RÉZEAU P., Dictionnaire des noms de cépages de France, CNRS Editions, 2014, 420 p. 

. 4  GALET P., Dictionnaire encyclopédique des cépages, Hachette, 2000, 936 p. 

. 5  http://bioweb.ensam.inra.fr/collections_vigne/
. 6  ROBINSON J., HARDING J., VOUILLAMOZ J., Wine grapes, Allen Lane, Penguin 
Books, 2012, p. 236-239. 

. 7  ARTOZOUL J.P., et al., “Synonymie ampélographique de l’Ouest viticole français”, 
Annales de l’INRA, Paris, 1960, 73 p. 

. 8  BISSON J., “Les Messiles, groupe ampélographique de la vallée de la Loire”, 
Connaissance de la Vigne et du Vin, 3, 1989, p. 175-191. 

. 9  LE MENÉ M., “Le vignoble angevin à la fin du Moyen Âge : étude de rentabilité.” In : Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public. 2ème congrès, Le vin au moyen âge : production et producteurs, 
Grenoble, 1971, p. 81-99. 

. 10  ROUSSEAU R., Wagret P., le Theule J., “Deux monographies du vignoble français.” 
In : Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 9ème année, 2, 1954, p. 165-188. 

11 ROUSSELLE-TOUCHARD M., “Viticulture et agriculture de six communes de la
Vallée du Layon.” In : Norois, 44, 1964, p. 460-463.
12 LACOMBE T. et al., Large-scale parentage analysis in an extended set of grape- vine cultivars (Vitis vinifera L.). Theoretical and Applied Genetics, 126, 2013, p. 401-414.
13 BOUCHARD A., “Chenin blanc”. In : Ampélographie, Viala P. et Vermorel V., Tome II, 1901, p.83-94.
14 Abbé CHEVALIER C., Archives royales de Chenonceau, pièces historiques relatives à la Chastellenie de Chenonceau, J. Techener Libraire, Paris, 1864, 395 p.
15 BOURSIQUOT J.M., “Le Savagnin blanc.” In : Le Château-Chalon, un vin, son
terroir et ses hommes, Ed. Mêta Jura, 2014, 272 p.
16 GOUSSARD P.G., Grape cultivars for wine production in South Africa, Cheviot
Publishing, 2008, 155 p.
17 http://plantgrape.plantnet-project.org/
18 http://www.vignes-vins.fr/index.html
19 LOUBSER F.H., Chenin blanc table wines in South Africa Cape, Wine Master
Diploma, 2008, 86 p.
20 http://www.sawis.co.za/info/download/Engels_2014.pdf
21 http://plantgrape.plantnet-project.org/
22 http://bioweb.ensam.inra.fr/collections_vigne/
23 FranceAgriMer, Données et bilan vin - Les chiffres de la pépinière viticole 2013,
FranceAgriMer publication, 2014, 98 p.
24 GUILLOT R., “Cépages du Val de Loire”, Progrès Agricole et Viticole, 90,5, 1973,
p. 100-109.
25 http://biow eb.ensam.inra.fr/collections_vigne/